Patrimoine mondial de l'UNESCO
Hattusa, capitale de l’Empire hittite
 

Présentant une allure générale comparable à celle des acropoles fortifiées contemporaines de Mycènes ou de Tirynthe, Hattusa, la capitale de l’Ancien Empire hittite, fut conçue à une tout autre échelle et ses dimensions – une enceinte de plus de six kilomètres de long enfermant une superficie de 176 hectares – en disent long sur l’importance d’un site qui tomba dans l’oubli pendant trois millénaires. Découvert par hasard dès 1834 à proximité du village de Boghazköy – dans la boucle que forme, au centre de l’Anatolie, le Kizil Irmak (le fleuve Halys des Anciens) – par le Français Charles Texier qui y voit les vestiges d’une cité hellénistique, il n’est pas alors identifié comme le lieu où se dressait la capitale d’un peuple mentionné par la Bible, mais néanmoins totalement sorti de l’histoire. Il faudra la découverte de divers vestiges retrouvés en Syrie et contemporains de la période « néo-hittite » de la première moitié du premier millénaire avant J.-C. et, surtout, les trouvailles réalisées en Egypte – notamment la « correspondance » des pharaons des XVIIIe et XIXe dynasties – pour évaluer l’importance de ce qui fut, avec l’Egypte du Nouvel Empire, la deuxième superpuissance du Proche-Orient dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant J.-C. Les découvertes du Français E. Chantre et celles de l’Allemand H. Winckler, complétées par le décryptement par Bedrich Hrozny de la langue hittite transcrite en écriture cunéiforme ont révélé ensuite des pans entiers d’une histoire totalement oubliée, celle du premier grand empire indo-européen de l’histoire, établi en Asie mineure par les Nésites à la suite du royaume local du Hatti, dans la première moitié du IIe millénaire. Les travaux de l’archéologue allemand Kurt Bittel ont permis, à partir des années trente du siècle dernier, d’exploiter la masse des vestiges mis au jour et les milliers de tablettes gravées en cunéiforme découvertes sur le site, ce qui nous a valu d'acquérir une connaissance approfondie du IIe millénaire anatolien. C’est à l’emplacement d’un ancien comptoir assyrien, au milieu du XVIIe siècle avant J.-C., que le roi Labarna II établit sa capitale, en même temps qu’il prend le nom de Hattusili.
La ville, qui connaît son apogée sous le règne de Suppiluliuma Ier, est régulièrement menacée par les barbares Gasgas établis sur les franges orientales montagneuses du plateau anatolien mais la puissance hittite se maintient cependant jusqu’à la fin du XIIe siècle avant J.-C., date à laquelle elle succombe sous les coups des farouches Gasgas au moment des grands mouvements de peuples qui désorganisent tous les états du Proche-Orient. Outre l’architecture cyclopéenne de cet ensemble fortifié, le visiteur est impressionné par la Porte des Lions, qui fait évidemment écho à celle des Lionnes visible à Mycènes, et par les dimensions (260 m sur 160 m) du gigantesque temple dédié à Teshub, le dieu de l’orage, et à la déesse solaire d'Arinna. C’est également à proximité qu’il est possible de découvrir le sanctuaire rupestre de Yazilikaya, composé de deux temples dont les annexes et les entrées aujourd’hui détruites étaient bâties tandis que chacune des deux salles sacrées était aménagée dans d’étroites crevasses rocheuses ornées de bas-reliefs. Peu de sites hittites du IIe millénaire ayant été découverts et étudiés, celui de Hattusa est particulièrement précieux en ce qu’il nous révèle un monde disparu et longtemps oublié, l’Antiquité classique elle-même n’ayant conservé aucun souvenir de cette civilisation engloutie par le temps mais heureusement ressuscitée au cours du dernier siècle.


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